Le schéma narratif

La pratique du schéma narratif comme grille de lecture persiste dans les classes. Il avait disparu, en 2009, des accompagnements des programmes et il n’apparaît plus dans les programmes actuels. Du côte des programmes du nouveau collège 2016, pas de schéma narratif en vu, ce qui est plutôt un bon point.

Si je n’aime pas l’étude du schéma narratif, c’est qu’il est étudié très majoritairement à tort. De nombreux textes ont été lus (étudiés?) uniquement dans le but de mettre en évidence leur schéma narratif. L’élève devait alors apprendre par cœur et savoir réciter la sainte leçon : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution, situation finale. Il décrochait alors une excellente note s’il avait retenu ces cinq mots magiques. Même s’il connaissait ce schéma narratif, il n’avait rien vu de bien intéressant sur les textes. Il y a tellement de points intéressants à dire, à étudier dans un texte. Les textes racontent des histoires, mettent des valeurs en avant, des conflits. Nous pouvons dégager un sens voire plusieurs. C’est l’interprétation qui compte, le style, la narration en elle-même.

Le schéma narratif n’est en fait rien d’autre qu’un plan. Si l’on fait constater aux élèves que le texte a un début, un milieu et une fin, qu’on leur demande de dire comment nous passons du début à la fin, par quels stratagèmes, par quels sentiments, par quels personnages, etc., on aura largement gagné de les encombrer de termes techniques qui n’ont pas grand intérêt. Étudions les textes pour eux-mêmes, pour ce qu’ils enseignent, racontent et non pour appliquer des théories qui ne mettent pas en avant les réels enjeux des textes. Intéressons-nous aux réelles questions : que nous dit ce texte ? Quels questions soulève-t-il ? Quels symboles convoque-t-il ? Quel est son sens profond ? En quoi est-il frappant ? important ? dérangeant ? réjouissant ? etc.

Une majorité des manuels scolaires conservent cette aspect techniciste qui n’apporte rien aux élèves. Les textes ne sont jamais découverts, jamais interprétés, seulement lus, effleurés. C’est bien dommage. Donner un schéma narratif à appliquer aux textes, c’est cloisonner une grille de lecture et penser que tous les auteurs fonctionnent dessus, qu’ils sont forcément passés par cette grille. Tous les textes courts, et narratifs, donnent lieu au schéma narratif. Mais parfois, certaines parties du schéma narratif n’existent pas : que faire alors ? A d’autres moments, péripéties et élément perturbateur sont liés : que faire ?

Parlons alors de plan du texte, de progression. Les professeurs l’ont fait lors de leurs études universitaires pour l’explication de textes. C’est ce que je pratique avec mes élèves. Le mouvement du texte, lui, est intéressant et répond à la propre logique de l’extrait ou du texte intégral. Il n’obéit à aucune grille préconçue mais uniquement à lui-même. Cela force à réfléchir, à capter le sens du texte, ses enjeux. C’est ainsi que les élèves deviendront, je pense, de bons lecteurs.

Précisions de Véronique Marchais, sur le forum Neoprofs , à propos de la distinction entre plan et schéma narratif :

“[…] selon moi, parler du plan d’un texte et parler de schéma narratif, ce n’est pas du tout la même chose.
Le schéma narratif est un schéma posé une bonne fois pour toutes, qui se veut universel : on l’applique à tous les textes (narratifs de préférence : les contes, mais aussi les nouvelles, bref, tout ce qui est assez court pour entrer dans la moulinette y passe). J’ai vu des situations assez cocasses où des collègues se débattaient pour isoler à toute force un élément perturbateur fort inopportunément enchaîné aux péripéties en une seule et même phrase, ou inventer une situation initiale manquante. N’importe comment, faut que le texte se conforme au schéma. Non mais.
Cela ne m’intéresse pas. Par contre, pour certains textes, l’étude de ce que j’appelle le mouvement du texte me paraît indispensable : repérer les grandes idées et l’enchaînement de ces idées est très formateur. Et là, pas de schéma préconçu. Le seul moyen, pour trouver ce mouvement, c’est une attention soutenue au texte précis que l’on a sous les yeux.
Dans un cas, on fait apprendre un truc par coeur (je connais beaucoup de collègues qui font réciter le schéma narratif en contrôle !) et on le recrache coûte que coûte ; dans l’autre cas, on enseigne une attention, une méthode d’observation et de réflexion qui sera à réinvestir à chaque fois pour chaque texte.”

Cependant, lors des pratiques d’écriture, le schéma narratif reste intéressant. Il permet de structurer le travail des élèves. Pour eux, cela peut être rassurant d’avoir une méthode créatrice à suivre. Souvent, je fais des exercices guidés pour les accompagner comme le propose le manuel Terre des Lettres (éd. Nathan). Cela leur permet de bien construire leur récit sans forcément parler de schéma narratif. Enfin, je pense que des exercices d’imitation sont importants : imiter le style d’un auteur avec des structures grammaticales permet aussi de comprendre plus clairement le fonctionnement narratif. Mais cela est un autre sujet.

Leave a Reply

%d bloggers like this: