Construire une progression grammaticale

Conseils de Véronique Marchais pour construire une progression grammaticale logique et cohérente :

A mon avis, une progression bien pensée doit veiller à trois choses :
1°) aller du simple au complexe donc du mot à la phrase et de la phrase simple à la phrase complexe. C’est comme ça que procédaient toutes les grammaires sérieuses, jusqu’à ce que la linguistique et l’ORL passent par là, désorganisant tout sur leur passage.
2°) permettre d’éclairer les unes par rapport aux autres les notions clés. Par exemple, la notion d’objet se comprend par opposition à celle de sujet, celle d’attribut en lien à la fois avec celle de sujet et celle d’objet.
3°) éviter de cloisonner à l’intérieur de la grammaire, comme cela s’est par trop vu avec le travail en séquences : on étudie le COD avec telle séquence, c’est plié, on n’en parlera plus jamais jusqu’à la fin de l’année, puisque nos séquences suivantes sont dévolues à un autre point de grammaire. Etonnez-vous après cela que les élèves ne retiennent rien : pour retenir, il faut répéter, réinvestir sans cesse ce que l’on a déjà étudié. Donc, notre progression doit ménager ce réinvestissement. Par exemple, quand on étudie une nouvelle fonction, interroger sur la nature des mots qui occupent cette fonction, pour réviser les classes grammaticales, faire discriminer cette fonction par rapport aux autres fonctions étudiées, etc.

Concrètement, ça donne quoi ?
Je commence toujours par les classes grammaticales, soigneusement une par une en Sixième, plus rapidement au fil des années. C’est la base de tout. On ne peut même pas parler de phrase verbale si on n’identifie pas le verbe de la phrase.
Bien sûr, on va rapidement avoir besoin de la notion de phrase, ne serait-ce que pour travailler la ponctuation. Donc on fait un point là-dessus aussitôt après le travail sur les classes grammaticales. Ça va vite : saisir ce qui fait la phrase, unité syntaxique autant que sémantique, travailler la ponctuation forte en lien avec les types de phrase, la négation, tant qu’on y est (qui pose tant de problèmes aux élèves) et basta.
Je dis basta parce qu’ensuite, je travaille la notion de phrase (verbale) en lien avec le verbe et sa construction. C’est une manière d’introduire les fonctions : on travaille sur la notion de transitivité (inséparable de celle d’objet. Sur ce point, les IO de 2008 sont absurdes : on comprend beaucoup mieux ce qu’est l’objet du verbe si on a compris ce qu’est un verbe transitif !) et sur la phrase minimale : S/V pour les verbes intransitifs. S/V/COD ou COI pour les verbes transitifs. S/V/attribut pour les verbes d’état.
Croyez-en mon expérience, travailler comme ça, ça pose des bases sacrément solide aussi bien au niveau de la syntaxe qu’au niveau de la maîtrise des concepts élémentaires.
Avant d’entamer la suite des fonctions, je travaille sur la discrimination phrase simple, phrase complexe, de manière à poser la notion de proposition dès la Sixième. On peut le faire très simplement, en apprenant à séparer des propositions juxtaposées, puis, sans entrer dans le détail de l’analyse, en discriminant coordonnées et subordonnées juste en utilisant la connaissance des conjonctions (étudiées en début d’année et dont la liste est à savoir par cœur). Cela présente de nombreux avantage : on ancre très progressivement cette notion de proposition au plus tôt dans la tête des élèves : désormais, dans chaque exercice d’analyse (relever telle fonction et donner la nature du mot ou du groupe), je glisse des propositions. Les élèves s’habituent à cette entité grammaticale, l’apprivoise alors qu’on en est encore à des considérations très simples, et s’habituent à lier ces propositions subordonnées à une fonction. Ainsi lorsque, à partir de la 5e, on travaille réellement sur les subordonnées, le travail est déjà tout mâché, et ça passe tout seul : une subordonnée, c’est une proposition qui en complète une autre, qui a une fonction à l’intérieur d’une autres proposition : ça fait longtemps que vous les analysez, les p’tits loups, alors tout va bien. On peut se concentrer sur l’opposition PSR/PSC et la construction des relatives.
Ensuite, il faut tout de même dire un mot du nom, de ses adjoints (déterminants et adjectifs), des pronoms, de leur utilisation (en particulier du pronom relatif).
Tout cela s’articule avec la conjugaison, très régulièrement, et l’orthographe, en lien avec le point de grammaire étudié.

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1 Comment

  1. Repérer les fonctions grammaticales – Littérature & co

    3 May 2017 at 15 h 03 min

    […] diverses fonctions. Pour que son utilisation soit cohérente, nous rappelons l’importance de construire une progression grammaticale. Dans cette optique, il serait intéressant de commencer chaque année scolaire par une leçon […]

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