Approches pour travailler le vocabulaire au collège

J’exposais précédemment une partie de mon travail sur le vocabulaire qui commence à porter ses fruits grâce aux grilles studiométriques.

  1. Organiser les apprentissages grâce aux grilles studiométriques ;
  2. Premier retour sur l’usage des grilles studiométriques.

Mon travail sur le lexique ne s’arrête pas là. Il serait d’ailleurs insuffisant dans ce cas. Comme de nombreux collègues, on constate que les élèves manquent cruellement de vocabulaire, de mots variés pour s’exprimer. Le nombre de mots à leur actif est globalement limité pour diverses raisons que nous n’évoquerons pas ici. Le constat est tel qu’une élève, l’an passé, m’a dit que je parlais “trop français”. Le langage courant que j’emploie est devenu soutenu pour eux ; ils ne distinguent plus les niveaux de langue ni les codes du langage parlé. Ce constat, l’ensemble des professeurs l’a fait et c’est devenu un combat de leur apprendre à bien parler. Le premier professeur concerné par l’apprentissage du vocabulaire est le professeur de français. Bien évidemment, les autres matières doivent participer à cet enrichissement quotidien.

Je me permets d’exposer ici le travail de vocabulaire que j’effectue avec mes collégiens.

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1) Le dictionnaire

Il est utile que les élèves s’en servent régulièrement, prennent le réflexe de tourner les pages, de chercher, de lire les différents sens possibles (3e). La recherche est souvent hésitante en 6e, il faut régler cela assez rapidement. Je privilégie tout de même la recherche des mots monosémiques pour une meilleure performance.

L’usage du dictionnaire, de manière systématique, peut être monotone. Il faut privilégier quelques mots ou se partager les mots. Pour cela, j’ai mis un dictionnaire pour deux élèves dans ma salle de classe. Cela rend le travail plus rapide et plus agréable. Tous les élèves sont acteurs de la recherche.

Le dictionnaire est utilisé lors de l’étude des textes et lors des études thématiques.

2) La définition en contexte

Ce travail est réalisé lors de l’étude de textes. L’élève doit recourir à des stratégies de lecture pour définir un mot dans son contexte (phrase, paragraphe, extrait/texte entier). Les mots rares sont expliqués oralement. Les mots courants et importants, eux, en plus d’être expliqués dans leur contexte sont rattachés à une famille de mot, à un champ sémantique, etc. S’ensuit, pour ces mots importants qui se retrouveront dans leur cahier de vocabulaire, un travail assez court d’expression écrite. Les élèves créent des phrases en employant chacun des mots nouveaux. La manipulation permet à tous d’acquérir rapidement le sens du mot et ainsi son acquisition est plus rapide qu’un apprentissage par cœur sans écriture.

Les définitions en contexte peuvent donner lieu à des questions dans les questionnaires de lecture. Le manuel d’apprentissage de la compréhension des textes, Lector et Lectrix (cf. mon article), insiste sur la nécessité de passer du temps sur la compréhension littérale qui servira ensuite à l’analyse. Intégrer ce genre de questions permet de développer, en plus du vocabulaire, des réflexes de lecture.

3) Les leçons thématiques

Chaque chapitre donne lieu à une étude de vocabulaire thématique en lien avec l’oeuvre ou les extraits étudiés et en lien avec la production écrite finale.

Jusqu’à présent, je réalisais cette étude en fin de chapitre mais cela ne me convenait pas vraiment. Grâce à un collègue, j’ai changé ma façon de faire et je réalisé à présent la leçon thématique en début de chapitre.

Les avantages sont nombreux. Les élèves s’approprient le vocabulaire qui sera rencontré au fil des textes. Ils les comprendront mieux, sans recourir systématiquement au dictionnaire. Dans leurs analyses de textes ou dans leurs courts écrits, ils peuvent utiliser les mots étudiés. J’en reviens au manuel cité plus-haut, mais si un texte contient 15% de mots inconnus, celui-ci devient incompréhensible pour le lecteur et il n’accrochera pas au texte.

Je cite Serge du forum La Cafet pour cette méthode :

Les élèves sont conscients que le vocabulaire qui va être vu est une clé qui va les aider durant tout le chapitre (en lecture comme à l’écrit) et leur permettre d’accéder plus facilement à la compréhension des textes qu’ils vont bientôt découvrir, et de mots que nous allons les amener à utiliser régulièrement au cours de l’année.

Cette étude retient donc souvent bien davantage leur intérêt que le seul fait de rencontrer un mot inconnu au cours d’une lecture, d’essayer vaguement de lui donner un sens, puis de ne plus le revoir la plupart du temps. On pose ainsi d’entrée des fondations qui seront  non seulement utiles à la compréhension des textes, mais aussi au plaisir de leur lecture, qui ne se retrouvera pas freinée. Les élèves sont souvent fiers en lisant les phrases où ces mots apparaissent de pouvoir les comprendre directement, et de pouvoir le dire, en voyant tout au long de la séquence des exemples littéraires d’utilisation en contexte.

Ces exemples déjà appris, puis rencontrés au fur et à mesure, ancrent davantage encore les mots dans leur mémoire, et quand ils les lisent, ces exemples leur parlent réellement pour le coup, et directement. On peut alors discuter avec les élèves pour leur faire sentir la subtilité et l’intérêt de ce mot par rapport à un synonyme plus courant par exemple. Bref, c’est tout bénéfice, puisque d’une part on gagne du temps, qui est utilement mis à profit pour expliquer le sens du texte et éclairer la phrase, mais surtout la rencontre avec les mots en contexte réactive réellement des connaissances, ce qui n’est absolument pas le cas quand ils découvrent un mot inconnu dans un texte, puis qu’on passe à autre chose sans forcément le rencontrer à nouveau avant un moment.

Pour cela, on sélectionne en amont les principaux mots intéressants du chapitre (pas spécialement des mots “difficiles” pour des mots difficiles. Ce serait ridicule de leur faire apprendre des mots rares, même en littérature, pour faire genre, et de négliger les mots les plus utiles dans la vie, ou à la rencontre des textes)

Faire apprendre  les mots en ouverture de séquence est un préalable intéressant pour retravailler ensuite plus efficacement le vocabulaire, de façon perlée au sein de celle-ci, en construisant les acquis sur des bases solides et communes. Ainsi, quand dans un texte, on demande aux élèves le sens d’un mot, tous ont la possibilité d’être valorisés, et à égalité, ce qui n’est pas le cas avec la seule rencontre en contexte, au cours de laquelle seuls les élèves bons lecteurs lèvent souvent la main (enfin, quand ils n’ont pas peur de passer pour “intellos”) Là, ce ne sera plus le cas, car tous ont eu préalablement connaissance des mots, et chacun peut participer et se voir ainsi davantage en situation de réussite.

Les élèves sont d’autant plus attentifs s’ils savent qu’ils vont être évalués spécifiquement sur ces mots (donc évaluation facile pour tous les élèves qui se donnent la peine d’être attentifs), surtout s’ils savent qu’ils les auront à réinvestir régulièrement et de façon contextualisée par divers biais durant un laps de temps.

4) Le travail visuel

Le travail de la mémoire et de l’acquisition du vocabulaire se fait aussi par les images. Associer un terme à une représentation concrète aide les élèves à s’en souvenir.

Par exemple, pour l’étude du poème “Heureux qui comme Ulysse…”, j’ai distribué un imagier aux élèves. En bas de chaque image, ils devaient inscrire le mot du texte correspondant. Ainsi, ils ont pu fixer des termes divers tels que “marbre”, “ardoise”, “Anjou/Liré”, “Tibre/Mont Palatin”, “toison”, etc.

L’an prochain, pour ce même texte, je créerai un exercice interactif, en ligne, dans lequel les élèves devront déplacer les images sur les mots du texte. Pour créer ce genre d’applications facilement, vous pouvez utiliser le site LearningApps.

Un des projets que je vais réaliser dans l’année est de créer des imagiers tels ceux-ci :

Les imagiers sont souvent très utiles pour les descriptions qui manquent souvent de détails. L’an passé, nous en avions créé un autour du chevalier et les récits qui décrivaient le chevalier étaient plus détaillés que d’habitude.

5) Utilisation d’un forum

 Avec une collègue, nous avons créé un forum destiné à nos classes de 6e et 5e. Chaque niveau a une partie qui lui est consacrée. Les élèves ont accès à des “sujets” où ils peuvent remployer les mots de la semaine à réviser dans des phrases de leur composition.

Des jeux d’expression écrite courte sont également proposés. Chaque élève impose une liste de mots (cinq maximum). Un autre élève doit composer un court texte avec ces mots. Une fois le récit terminé, l’élève qui a créé le récit propose de nouveaux termes.

C’est une manière ludique de travailler le vocabulaire. Il n’y a pas de note, pas de pression et les élèves se connectent sur le forum quand ils le souhaitent.

6) Le dictionnaire analogique

J’ai découvert l’existence des dictionnaires analogiques l’an passé. Cette année, j’en ai acheté quelques exemplaires pour ma salle de classe.

Un dictionnaire analogique permet, à partir d’un mot donné, de trouver de nombreuses idées suggérées. Il permet donc de trouver un mot juste et de varier son vocabulaire. Cela est très utile lors des travaux de rédaction.

Par exemple, pour le mot “cri”, on trouvera, entre autres, les termes suivants : clameur, hurlement, rumeur, criaillerie, clabauderie, vocifération, ban, huée, haro, exclamation, acclamation, perçant, criard,  à tue-tête, etc.

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