La grammaire par le visuel

Je me suis récemment intéressé à l’enseignement de la grammaire par un ensemble de signes visuels. Cette démarche s’est entreprise dans la volonté :

  • d’apporter un moyen de restituer des leçons et des notions à des élèves kinesthésiques ou à mémoire visuelle ;
  • de rendre plus concrètes des notions abstraites.

En cherchant, je suis tombé sur des sites de professeurs des écoles qui expliquaient comment ils enseignaient les natures de mots grâce à la méthode de Maria Montessori, pédagogue du XXe siècle.

img_solidesgrammaire
Image : Le Jardin de Kiran

 

Présentation de la méthode :

Montessori a décidé de proposer aux enfants une approche sensorielle de la phrase afin que la manipulation précède la compréhension. Ainsi pour la connaissance de la nature des mots qui constituent une phrase, elle a décliné une série de solides dont la forme et la couleur devaient évoquer certains critères permettant de les associer à une nature de mot. A titre d’exemple, la forme pyramidale, pour sa stabilité, symbolise tout d’abord le nom mais également les mots associés au nom tels que l’adjectif, le déterminant et le pronom…

Ce matériel en trois dimensions, manipulé par les plus jeunes élèves, expliqué par les enseignants, est ensuite travaillé en deux dimensions, sur des feuilles d’exercices.

img_symbolesgrammairemontessori
Image : Le Jardin de Kiran

Ce que j’apprécie dans cette méthode, c’est tout d’abord la possibilité de rendre concrètes des notions abstraites. J’essaie de travailler, depuis peu, avec les différentes mémoires des élèves et les différents modes de restitution. Je pense ainsi aux kinesthésiques et aux visuels.

La grammaire a une logique, une organisation, une cohérence interne. Nous utilisons déjà de nombreux repères visuels afin d’aider les élèves : verbes en rouge, sujets en vert, crochets pour les propositions, flèches pour les accords. Nous avons bien compris que la grammaire (non textuelle) est un travail de logique et de raisonnement. Montessori a donc symboliser des notions par des objets qu’on puisse voir, décrire et manipuler, organiser.

Ce qui me plait aussi, c’est le rapport des formes entre elles.

Les formes elles-mêmes sont critiquables. La pyramide (=le nom) a été choisie parce qu’elle est stable, ce qui n’est pas le cas de la boule qui bouge dans tous les sens et donc fait des actions (= le verbe). La pyramide des pronoms est utile si nous parlons des pronoms personnels voire des possessifs et des démonstratifs en fonction sujet. En effet, sa forme rappelle que le pronom est lié à un groupe nominal. Par contre, pour le pronom relatif et les autres fonctions, la forme peut poser problème et venir perturber la cohérence de la phrase. Ce système a donc quelques limites et est adapté, avant tout, à de jeunes élèves. Quand on entre dans des subtilités, la méthode connait ses limites. Cela interroge la possibilité de l’utilisation de cette méthode en fin de cycle 3 (6e) et en cycle 4.

Concernant le rapport des formes entre elles (ce qui me plaisait), je trouve intelligent que le nom soit représenté par une pyramide avec une base assez large. Tous les mots – donc toutes les natures – se rapportant au nom sont représentés par une pyramide. Les élèves perçoivent et visualisent plus facilement un lien logique entre ces mots. Cela les force à réfléchir autrement que par des notions au sens et à la logique de la phrase. Le symbole de la conjonction montre bien que des mots (ou groupes de mots) sont reliés entre eux. e symbole de la préposition marque également ce lien logique entre des mots ou groupes de mots.

gr11

Les limites de la méthode ont été posées par Pierre Jacolino dans son article nommé Les symboles visuels de la grammaire : choix des symboles, pertinence des couleurs, tableaux de nature parfois très complexes à apprendre si nous allons plus loin (cf. dessous).

yrgei3xwcilzkyhdeflmp40u7-g

 

Il devient alors fastidieux de se souvenir de tout et les symboles, au départ manipulables, ne le sont plus.

Cette méthode visuelle a tout de même retenu mon attention. Certains points pourraient être retenus pour des élèves ayant de réelles difficultés dans l’appréhension et la compréhension de la grammaire. En accompagnement personnalisé, nous pourrions utiliser cela. En classe entière, je ne pense pas que la méthode entière soit applicable au collège. Mais certains points pourraient être travaillés afin que les élèves réfléchissent aux structures.

 

Cette méthode nous amène aussi à nous interroger. L’enseignement de la grammaire devient incohérent. Dans une classe de collège, nous remarquons que les élèves (venant de différentes écoles primaires) ne fonctionnent pas de la même manière et n’ont pas forcément acquis les mêmes notions. Nous voyons aussi fleurir sur différents sites et dans certaines recommandations de formateurs des discours prônant l’élève acteur de l’enseignement. L’élève peut nommer des notions comme il le souhaite, il doit repérer certains mots sans forcément savoir les nommer. Certains sont passés par la case “classe inversée” (et par ses limites), d’autres ont suivi des cours plus rigoureux, d’autres n’ont pas eu de réels cours (cf. nombreux témoignages sur internet). Arrivés au collège, le professeur de français est démuni face à tant de disparités.

La Réforme du collège permet au moins, grâce aux réunions entre écoles et collège, de se rencontrer. C’est alors le moment d’échanger ses pratiques et de s’harmoniser afin que les élèves possèdent une dénomination commune, des méthodes communes. Il serait utile que ce soit les professeurs qui s’adaptent afin de proposer une cohésion et une logique dans l’enseignement. Une des dernières réunions que nous avons eu à montrer déjà quelques disparités. Certains vont adopter le vocabulaire de la Réforme, d’autres non. Il faut ainsi que les professeurs des collèges émettent leurs souhaits : quels termes seront abordés ? quelles notions ? Profitons de l’entrée de la 6e dans le cycle 3 pour aider les élèves a l’obtention d’un vocabulaire commun.

Digression faite, la méthode Montessori a le mérite d’exister et certains points peuvent être étudiés pour aider certains élèves. Ce n’est pas la meilleure méthode visuelle mais c’est peut-être une des plus abouties. D’autres méthodes existent mais se révèlent complexes et pleines de fioritures visuelles, ce qui n’aide pas forcément les élèves à y voir plus clair.

Pour les personnes intéressées, le site Le Jardin de Kiran propose des versions imprimables gratuites des symboles de natures de mots : http://www.lejardindekiran.com/realiser-les-symboles-des-natures-de-mots-de-montessori-modeles-imprimables/

Si certains des lecteurs pratiquent cette méthode, en primaire ou au collège, n’hésitez pas à raconter votre expérience dans les commentaire. Les retours m’intéressent beaucoup.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *