Rédiger au collège : exemple de travail

Rédiger au collège pose problème. Les écrits demandés sont de plus en plus courts et peu préparés. De plus, l’exercice s’avère difficile car certains élèves arrivent au collège sans avoir réellement écrit de rédaction à l’école primaire. Je ne critique pas les collègues du premier degré qui, comme les professeurs du secondaire, subissent les programmes et les heures en moins.

Je constate, cette année, en ayant changé mes méthodes, de nets progrès dans les expressions écrites des élèves. Je n’ai, bien sûr, rien inventé mais ai repris plusieurs pistes pédagogiques et didactiques. Je vous propose un exemple concret sur le chapitre consacré à l’étude de L’Odyssée.

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Ce chapitre était centré sur Ulysse comme héros, comme modèle et comme garant de la civilisation grecque. La particularité du héros de L’Odyssée est de ne pas être un demi-dieu. Malgré sa force, son courage et son intelligence, il reste empli d’humanité. Et c’est cette humanité que l’on retrouve tout au long de son long voyage expiatoire. Ses rencontres avec les différents monstres mettent en avant ses qualités et son humanité (au sens large du terme). Ces rencontres sont également le lieu de combats épiques qui mettent en avant toutes les ressources d’Ulysse.

Ce sont ces aspects culturels et littéraires qui ont été mis en avant dans notre chapitre.

Quant au déroulé de ce dernier, le voici. Je m’arrêterai plus en détails sur certains points liés directement au sujet d’expression écrite : “Ecrire un épisode de L’Odyssée dans lequel Ulysse affrontera un nouveau monstre.”

Avant ce déroulé, il faut savoir que mes élèves ont chaque semaine une évaluation de vocabulaire ET de conjugaison (entre 10 et 15 minutes) fondée sur l’usage des grilles studiométriques. Ainsi, ils ont vu tous les temps de l’indicatif de quelques verbes jugés essentiels (qui sont vus et revus tout au long de l’année) et du vocabulaire qu’ils voient et revoient depuis le début d’année afin de ne pas l’oublier et de réellement l’acquérir.

Séance préliminaire

Retour sur la lecture de l’oeuvre par les élèves.

Séance 1 – Sur les traces d’Ulysse 

  • L’Odyssée dans l’Histoire littéraire ;
  • L’Odyssée, un poème.

Séance 2 – Vocabulaire de l’épopée

J’ai repris ici la fiche de vocabulaire proposée dans le manuel Terre des Lettres. Le vocabulaire était consacré à l’épopée.

Le vocabulaire en début de chapitre n’est pas monnaie courante. Pourtant, c’est très utile car il peut être réactivé en contexte au fil des lectures sans avoir à chercher les définitions et sans gêner la compréhension des textes au moment de leur étude. Nous verrons avec les exercices proposés que certains mots sont redondants dans L’Odyssée : les traductions ont gardé cette forme de mémoire poétique. Sans connaître les mots essentiels, même si le contexte aide, il est difficile d’avancer dans la compréhension des textes. La séance de vocabulaire en début de chapitre nous permet de ne passer le temps à décoder le texte mais à l’analyser, l’interpréter. Sur Néoprofs, Serge expliquait :

D’abord, les élèves sont conscients que le vocabulaire qui va être vu est une clé qui va les aider durant tout le chapitre (en lecture comme à l’écrit) et leur permettre d’accéder plus facilement à la compréhension des textes qu’ils vont bientôt découvrir, et de mots que nous allons les amener à utiliser régulièrement au cours de l’année.

Cette étude retient donc souvent bien davantage leur intérêt que le seul fait de rencontrer un mot inconnu au cours d’une lecture, d’essayer vaguement de lui donner un sens, puis de ne plus le revoir la plupart du temps. On pose ainsi d’entrée des fondations qui seront  non seulement utiles à la compréhension des textes, mais aussi au plaisir de leur lecture, qui ne se retrouvera pas freinée. Les élèves sont souvent fiers en lisant les phrases où ces mots apparaissent de pouvoir les comprendre directement, et de pouvoir le dire, en voyant tout au long de la séquence des exemples littéraires d’utilisation en contexte.

Ces exemples déjà appris, puis rencontrés au fur et à mesure, ancrent davantage encore les mots dans leur mémoire, et quand ils les lisent, ces exemples leur parlent réellement pour le coup, et directement. On peut alors discuter avec les élèves pour leur faire sentir la subtilité et l’intérêt de ce mot par rapport à un synonyme plus courant par exemple. Bref, c’est tout bénéfice, puisque d’une part on gagne du temps, qui est utilement mis à profit pour expliquer le sens du texte et éclairer la phrase, mais surtout la rencontre avec les mots en contexte réactive réellement des connaissances, ce qui n’est absolument pas le cas quand ils découvrent un mot inconnu dans un texte, puis qu’on passe à autre chose sans forcément le rencontrer à nouveau avant un moment.

Pour cela, on sélectionne en amont les principaux mots intéressants du chapitre (pas spécialement des mots “difficiles” pour des mots difficiles. Ce serait ridicule de leur faire apprendre des mots rares, même en littérature, pour faire genre, et de négliger les mots les plus utiles dans la vie, ou à la rencontre des textes)

Faire apprendre  les mots en ouverture de séquence est un préalable intéressant pour retravailler ensuite plus efficacement le vocabulaire, de façon perlée au sein de celle-ci, en construisant les acquis sur des bases solides et communes. Ainsi, quand dans un texte, on demande aux élèves le sens d’un mot, tous ont la possibilité d’être valorisés, et à égalité, ce qui n’est pas le cas avec la seule rencontre en contexte, au cours de laquelle seuls les élèves bons lecteurs lèvent souvent la main (enfin, quand ils n’ont pas peur de passer pour “intello”) Là, ce ne sera plus le cas, car tous ont eu préalablement connaissance des mots, et chacun peut participer et se voir ainsi davantage en situation de réussite.

Les élèves sont d’autant plus attentifs s’ils savent qu’ils vont être évalués spécifiquement sur ces mots (donc évaluation facile pour tous les élèves qui se donnent la peine d’être attentif) puis s’ils savent qu’ils les auront à réinvestir régulièrement et de façon contextualisée par divers biais durant un laps de temps. (car se limiter à faire apprendre du vocabulaire est sans grand intérêt. D’autant qu’il sera vite oublié).

Plusieurs exercices permettaient de comprendre le style épique. D’abord, des phrases à compléter avec des mots caractéristiques : blâmer, errer, impitoyable, nuire, pâturage, prétendant. Ces mots représentent les différents épisodes de L’Odyssée étudiés ou évoqués en classe. On ne peut s’en passer. Les connaître dès le début, c’est pouvoir comprendre les textes et en parler plus aisément.

Le deuxième exercice était consacré aux épithètes homériques. Il s’agissait de faire des associations entre personnages et épithètes. Nous expliquons ensuite quelle caractéristique est mise en avant pour chaque personnage et à quoi cela sert. Cela permet de revenir sur le rôle de certains personnages.

Le troisième exercice est consacré à la subtilité et à la puissance des mots choisis dans l’épopée. Les élèves devaient trouver, à partir d’une liste de mots imposés, un ou plusieurs mots de sens proche mais plus intense. Exemple : peur –> terreur, épouvante. Les élèves comprennent que le choix des mots est important et que les mots passe-partout sont imprécis si l’on veut mettre en avant des qualités ou des défauts.

D’autres exercices étaient liés à la recherche de vocabulaire et une grille de mots croisés permettaient de réinvestir les connaissances liées à la lecture de l’oeuvre.

La plupart des mots rencontrés et jugés récurrents (et inconnus par les élèves) sont notés dans leur carnet de vocabulaire. Ils donnent lieu aux évaluations hebdomadaires. D’ici la fin du chapitre, les élèves les sauront grâce à ces tests réguliers mais aussi grâce à leur emploi actif dans les cours.

Séance 3 – Ulysse et le cyclope

Après l’analyse textuelle, les élèves sont ensuite amenés à rédiger. Régulièrement, après un texte, ils doivent écrire quelques lignes d’imitation. Ces rédactions n’excède pas 5 à 10 lignes. Elles permettent de s’entraîner régulièrement. Les élèves les lisent à l’oral et des retours collectifs sont faits. Ici, en lien avec la thématique du montre, nous proposions le sujet suivant : “De retour chez lui, Ulysse décrit le Cyclope à sa femme Pénélope. Rédigez ses paroles“.

Séance 4 – Les racines grecques 

  • Identifier et repérer les préfixes et suffixes.

Séance 5 – Circé la magicienne

L’extrait étudié est assez long. Il commence par une étude de vocabulaire. Les élèves doivent trouver ce qu’est, en contexte, un “charme” et lui donner quelques synonymes. Ils doivent ensuite écrire une phrase de leur composition en utilisant ce mot. L’acquisition du vocabulaire est ainsi immédiate et multiple. Si la phase d’écriture est validée, les élèves ont compris et acquis le mot. Ensuite, on demande aux élèves de chercher des mots désignants des substances magiques. Ils sont donc concentrés sur le texte, son décodage. Une fois les mots trouvés, ils doivent en proposer d’autres en s’aidant d’un dictionnaire. Enfin, le mot “nuisible” est étudié. Les élèves doivent retrouver la formation de ce mot et employer ensuite le verbe “nuire” dans une phrase.

Cette première étude, assez rapide, permet d’acquérir des mots concrets tout en guidant l’analyse du texte.

Séance 6 – Ulysse et les Sirènes

Analyse textuelle. La mise en valeur de l’impératif présent (avec son sens) permettra à certains élèves sa réutilisation. Même remarque pour la ruse et l’attitude du héros.

Séance 7 – Charybde et Scylla

Analyse textuelle avec un travail sur la représentation visuelle de ce récit. Relevé des adjectifs qualificatifs désignant les monstres et l’effet produit sur le lecteur et sur Ulysse.

Expression écrite courte : “Un compagnon d’Ulysse décrit les sentiments qu’il a éprouvés en apercevant Scylla. Rédigez son discours.

Séance 8 – Apprendre à rédiger : écrire un récit épique

Chaque grande rédaction finale est précédée d’une séance intitulée “Apprendre à rédiger”. Ces séances sont basées sur le travail des auteurs du manuel Terre des Lettres. L’an passé, je faisais approximativement ce travail préparatoire. Cette année, toutes mes classes y ont droit. Ces exercices qui peuvent paraître mécaniques mettent en relation grammaire, vocabulaire et expression écrite. C’est une très bonne méthode pour montrer que la langue sert à s’exprimer. Les élèves perçoivent ainsi l’utilité des cours de grammaire et réemploie le vocabulaire étudié.

Avant de leur donner la fiche d’exercices de préparation à la rédaction, je leur donne le sujet d’expression écrite afin qu’ils perçoivent l’utilité des exercices et qu’ils puissent adapter le contenu des exercices à ce qu’ils veulent faire plus tard.

Les exercices sont divisés de la sorte :

I. Faire le portrait d’un monstre

Exercice 1 : Association d’une liste de sujets (liste A) avec des verbes (liste B).

Cela permet d’acquérir du vocabulaire et d’avoir un premier jet sur le physique du monstre que les élèves vont décrire (gueule, yeux, dents, queue, griffes, corps).

Exercice 2 : Ajouter aux phrases de l’exercice 1 un adjectif parmi ceux qui sont proposés.

Acquisition de vocabulaire. Travail implicite sur les expansions du nom. Travail de précision donc travail sur le style épique.

Exercice 3 : Imaginer des comparaisons pour décrire votre monstre.

Reprendre deux ou trois phrases et faire des comparaisons pour accentuer une caractéristiques.

A la fin, les élèves rédigent la description de leur monstre et le dessine (afin qu’il y ait une logique et une concordance entre l’écrit et la représentation mentale). Ces travaux sont ramassés et quelques améliorations à faire sont données. Ils ont ainsi une partie de la rédaction finale entre leurs mains.

II. Enchaîner les actions d’un récit

Ce travail avait déjà été amorcé dans le chapitre précédent. Il commence à porter ses fruits. Les récits sont globalement plus fluides.

Exercice 4 : Repérer des problèmes poser par l’emploi des pronoms et corriger les phrases.

Cet exercice reprend des phrases en lien avec L’Odyssée tout en mettant les élèves face à des situations de communication de la vie quotidienne. Les pronoms, s’ils sont mal employés, ne sont pas clairs : qui désignent-ils ? L’exercice permet de travailler notamment sur deux pronoms démonstratifs : “celui-ci” et “celui-là”.

Exercice 5 : Travail sur différents pronoms (compléter des phrases à partir d’une liste donnée).

Cela reprend le cours de grammaire effectué quelques semaines auparavant. La progression spiralaire prend ici tout son sens.

D’ailleurs les progressions littéraires, grammaticales et celles d’écritures sont intimement liées.

Exercice 6 : Employer des mots de liaison pour donner du sens au récit : alors, d’abord, et, mais, puis, soudain.

Séance 9 – Rédaction finale : inventer un épisode de L’Odyssée

Sujet tiré du manuel Terre des Lettres 2013 : “Ulysse et ses compagnons vont devoir affronter un nouveau monstre. Imaginez et racontez cet épisode du début à la fin.”

Comme d’habitude, je donne, pour les 6e et 5e, un plan de rédaction afin que leur récit soit organisé et cohérent. Plus on avance dans l’année et plus ces plans leur permettent d’être rigoureux. Certains voient quelque chose de restrictif mais, quand on analyse le sujet ensemble puis le plan, ils voient tout de suite la logique. Ce travail de sens est bien évidemment mis en lien avec le travail d’analyse textuelle mené tout au long de l’année : de manière plus ou moins subtile, on travaille le plan des textes, leurs progressions…

Ici, le plan imposé (que vous retrouverez avec des consignes supplémentaires dans le TDL) était le suivant :

  1. Premier paragraphe : la rencontre d’un nouveau monstre
  2. Deuxième paragraphe : le monstre attaque
  3. Troisième paragraphe : Ulysse vainc le monstre

Le sujet est bien sûr analysé et décortiqué en classe. Nous ajoutons quelques modalités ensemble et revenons sur des exercices vus dans le chapitre ou vus dans l’années. Ainsi, les temps du récit ont été évoqués et nous avons pu revenir sur les valeurs du passé simple et de l’imparfait. La description et les attaques du monstre ont pu faire un rappel sur verbes d’état et verbes d’action. Le dernier paragraphe a permis de faire des rappels sur le personnage d’Ulysse.

La rédaction finale est souvent mieux qu’un contrôle de connaissance ou une analyse de texte. Si les élèves ont suivi et acquis les textes (sens et style), les rédactions le feront sentir.

Je vous propose à présent quelques rédactions à lire qui vous montrent le travail des élèves sur un tel chapitre. Les fautes d’orthographe ont été corrigées mais les erreurs dans les temps ou dans les mots, non. Cela permet également de voir quels points restent à travailler.

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