Étudier L’Odyssée en classe de 6e

Planche extraite de “L’Odyssée : les aventures d’Ulysse” par Bottet et Harel

 

L’Odyssée est une œuvre généralement appréciée mais elle nécessite plusieurs points de départ importants :

  • une mise en enquête littéraire qui puisse orienter les élèves et leur permettre de faire des liens entre les textes. J’ai choisi : « Pourquoi les monstres ? ». Cela permet de définir la monstruosité mais aussi, et surtout, de réfléchir sur l’Homme.
  • une édition adaptée au niveau des élèves. Certaines éditions sont trop complexes (celle de L’École des loisirs n’est peut-être pas adaptée à un public REP). J’ai opté pour la collection « Classiques & cie collège » chez Hatier. Les extraits essentiels sont présentés, des résumés sont proposés, le vocabulaire est accessible et la chronologie n’est pas complexe. De plus, un dossier de présentation des personnages, avec illustrations et des cartes est proposé en amont.
  • un accompagnement de la lecture en classe. Les premières séances ont été consacrées à la lecture en classe (du début jusqu’à l’épisode du cyclope). Ces moments de lecture permettaient de parler du contexte historique (déjà amorcé dans une séance spécifique), de mettre en avant les valeurs grecques importantes (patrie, famille, hospitalité), de montrer les spécificités du langage homérique (les comparaisons, les épithètes homériques). La lecture est ainsi ponctuée par des explications variées, par des questions de compréhension orales, par des amorces d’analyses littéraires (liées au langage), par des amorces culturelles et aussi par les interrogations des élèves.

 

Une fois ces points respectés, l’étude de l’œuvre peut commencer. Je sélectionne diverses traductions qui ne sont pas celles de leur livre. Cela permet de mettre en avant la notion de traduction et cela leur rappelle aussi, à travers l’importance des images, que l’œuvre est d’abord un poème. Pour les traductions, il faut les varier. Nous privilégierons tout de même celles où le passé simple est mis en avant. Trop de versions ont été simplifiées.

 

Pour l’étude des textes, ne soyons pas exhaustifs. Contentons-nous du questionnement initial : « Pourquoi les monstres ? ».

  • Pour l’épisode du cyclope, les élèves pourront faire un tableau comparatif entre le monde des hommes et celui du Cyclope. Nous montrerons, à la fin, qu’Ulysse a fait preuve de vanité et qu’il n’est pas un héros total (contrairement à la fin de l’épopée).
  • Le passage chez Circé (traduction de Nathalie Perceau, éd. Nathan) donnera lieu à une étude physique et psychologique de la magicienne. Les élèves, à l’aide de couleurs, relèveront tous les éléments liés à l’apparence physique, à la magie, aux ruses répétitives et donc non intelligentes (à la différence d’Ulysse). La répétition, dans la traduction suggérée, se traduit textuellement : elle est un moyen d’accentuer le profil de Circé. Cela nous permet aussi d’éviter des questionnements trop thématiques. Nous étudions des textes, ne l’oublions pas… Concernant l’Homme, nous mettrons en avant deux facettes : ceux qui laissent facilement charmer par les artifices, qui ne réfléchissent pas et ceux qui décèlent les pièges. Le héros quant à lui, sera étudié comme garant de l’ordre des choses, de l’univers. C’est lui qui rétablit le bon fonctionnement de la société : le courage, l’obéissance aux dieux (Hermès, ici), la prudence et le sens de la patrie.
  • Pour l’épisode des Sirènes (traduction et adaptation de Chantal Bertagna, Fleurs d’encre), mes élèves ont dû donner un titre à chaque paragraphe. Cela permet de travailler la compréhension mais aussi de répondre assez rapidement au questionnement littéraire. Des comparaisons avec Circé pourront être faites et commentées : féminité, voix, voyance (les voyantes de L’Odyssée se contredisent et, malgré leurs désirs maléfiques, n’hésitent pas à se mettre des bâtons dans les roues). La faiblesse des hommes peut être questionnée.
  • Le passage entre Charybde et Scylla donnera lieu à des recherches documentaires sur les détroits. Un questionnement sur le monstre le plus terrifiant pourra être demandé (avec justification, bien sûr). Nous nous interrogerons aussi sur le héros qui doit faire des choix et ne peut pas sauver tout le monde (un défaut selon Circé). Nous pourrons d’ailleurs mettre cela en relation avec des séries actuelles dans lesquelles le héros doit sacrifier des personnes pour en sauver (exemple : The 100).
  • Les prétendants sont aussi des monstres. Le questionnement sera entier et mettra en avant les valeurs morales et patriotiques.

Après chaque extrait étudié, les élèves relisent le passage dans l’édition étudiée. Cela leur permet de revenir sur l’épisode en fixant la compréhension et en ayant parfois quelques éléments supplémentaires. Ils lisent jusqu’au début de l’épisode qui sera étudié la prochaine séance. C’est là que se fait la lecture individuelle.

Pour aider les élèves à se représenter l’œuvre, nous n’hésiterons pas à faire de nombreuses séances d’Histoire des arts ou à demander des recherches documentaires sur divers sujets. Il faut que les élèves puissent avoir des images mentales des monstres et des scènes lues.

Des extraits de l’adaptation cinématographique de Mario Camerini (1954) peuvent également être diffusés après lecture des extraits. Cela permettra de se représenter les scènes plus facilement.

Enfin, l’adaptation en BD L’Odyssée : les aventures d’Ulysse par Béatrice Bottet et Émilie Haret peut aider à la compréhension générale de l’oeuvre.

Vous pouvez aussi accéder aux pistes d’analyse de L’Odyssée proposées sur notre site.

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