Les compléments d’objet

L’enseignement des compléments d’objet est chose complexe. Les élèves ont souvent du mal à les distinguer.

Une des démarches didactiques intéressante est celle d’étudier, dans un premier temps, le verbe. Une leçon sur les verbes d’action et les verbes d’état est indispensable. En effet, les CO suivent des verbes d’action. La maîtrise des verbes d’état permet aussi de distinguer rapidement CO et attribut du sujet.

Cette première partie maîtrisée, l’analyse du sujet peut devenir intéressante. En effet, les élèves doivent maîtriser repérer rapidement le sujet de la phrase grâce à des critères structuraux et formels sûrs. Nous pensons notamment aux sujets inversés qui posent de nombreux problèmes.

Ensuite, avant l’étude des CO à proprement parler, il faut passer par l’étude de la transitivité. On insiste alors sur les structures des verbes : “manger quelque chose”, “donner X à Y”, “courir”, etc. Un travail sur les constructions permet ainsi de mieux comprendre le fonctionnement des verbes.

Enfin, l’étude des CO peut commencer. On aura revu avant l’étude des groupes nominaux et des groupes prépositionnels. Trouvant que le mot “complément d’objet” est flou, j’explique aux élèves qu’ils peuvent remplacer le mot “objet” par le mot “verbe”. En effet, il est plus simple pour eux de savoir que le complément d’objet est un complément de verbe, direct ou indirect. J’ai remarqué que le complément du nom était souvent bien retenu car l’intitulé portait en lui sa fonction. La notion d’objet est plus complexe pour les collégiens et lycéens.

Un autre point qui induit souvent les élèves en erreur sont les critères structuraux et formels retenus. On parle souvent des questions “quoi” et “qui” pour le COD et “à quoi” ou “à qui” pour le COI. Cependant, ces questions induisent trop souvent les élèves en erreur. Elles doivent être modifiées et complétées par d’autres moyens. Prenons l’exemple suivant : “Le renard chasse la nuit.”. Certains diront que “la nuit” est COD car il répond à la question “quoi”. Même chose pour la structure inversée “Sur la branche se sont posés deux oiseaux.”. Il y a ainsi une véritable démarche didactique à mettre en jeu et de réels outils à exploiter.

Je mets à disposition des professeurs, une fiche sur la transitivité et sur les CO. Elle a été réalisée avec diverses grammaires universitaires. Les critères formels et structuraux sont expliqués et peuvent, pour la plupart, être repris avec les élèves.

Transitivité, intransitivité et compléments d’objet

Il faut lire (Le Dogme)

IL FAUT LIRE

(Le dogme)

Soit une classe adolescente, d’environ trente-cinq élèves. Oh ! pas de ces élèves soigneusement calibrés pour franchir vite-vite les hauts portiques des grandes écoles, non, les autres, ceux qui se sont fait renvoyer des lycées du centre-ville parce que leur bulletin ne promettait pas de mention au bac, voire pas de bac du tout.

C’est le début de l’année.

Ils ont échoué ici.

Dans cette école-ci.

Devant ce professeur-là.

«Échoué» est le mot. Rejetés sur la rive, quand leurs copains d’hier ont pris le large à bord de lycées-paquebots en partance pour les grandes «carrières». Épaves abandonnées par la marée scolaire. C’est ainsi qu’ils se décrivent eux-mêmes dans la traditionnelle fiche de la rentrée :

Nom, prénom, date de naissance

Renseignements divers :

«J’ai toujours été nul en math…» «Les langues ne m’intéressent pas»…«Je n’arrive pas à me concentrer»…«Je ne suis pas bon pour écrire»… «Il y a trop de vocabulaire dans les livres » (sic ! Eh ! oui, sic !)… «Je ne comprends rien à la physique»… «J’ai toujours eu zéro en orthographe»… «En histoire, ça irait, mais je retiens pas les dates»… «Je crois que je ne travaille pas assez»… «Je n’arrive pas à comprendre»… «J’ai raté beaucoup de choses»… «J’aimerais bien dessiner mais je suis pas trop doué pour»… «C’était trop dur pour moi»… «Je n’ai pas de mémoire»… «Je manque de bases»… «Je n’ai pas d’idées»… «J’ai pas les mots»…

Finis…

C’est ainsi qu’ils se représentent.

Finis avant d’avoir commencé.

Bien sûr, ils forcent un peu le trait. C’est le genre qui veut ça. La fiche individuelle, comme le journal intime, tient de l’autocritique : on s’y noircit d’instinct. Et puis, à s’accuser tous azimuts, on se met à l’abri de bien des exigences. L’école leur aura au moins appris cela : le confort de la fatalité. Rien de tranquillisant comme un zéro perpétuel en math ou en orthographe : en excluant l’éventualité d’un progrès, il supprime les inconvénients de l’effort. Et l’aveu que les livres contiennent «trop de vocabulaire», qui sait ? vous mettra peut-être à l’abri de la lecture…

Pourtant, ce portrait que ces adolescents font d’eux-mêmes n’est pas ressemblant : ils n’ont pas la tête du cancre à front bas et menton cubique qu’imaginerait un mauvais cinéaste en lisant leurs télégrammes autobiographiques.

Non, ils ont la tête multiple de leur époque : banane et santiags pour le rocker de service, Burlington et Chevignon pour le rêveur de la fringue, perfecto pour le motard sans moto, cheveux longs ou brosse rêche selon les tendances familiales… Cette fille, là-bas, flotte dans la chemise de son père qui bat les genoux déchirés de son jean, cette autre s’est fait la silhouette noire d’une veuve sicilienne («ce monde ne me concerne plus»), quand sa blonde voisine, au contraire, a tout misé sur l’esthétique : corps d’affiche et tête de couverture soigneusement glacée.

Tout juste sortis des oreillons et de la rougeole, les voilà dans l’âge où on chope les modes.

Et grands, pour la plupart ! à manger la soupe sur la tête du prof ! Et costauds, les garçons ! Et les filles, déjà des silhouettes !

Il semble au professeur que son adolescence était plus imprécise… plutôt malingre, lui… camelote d’après-guerre… lait en conserve du plan Marshall… il était en reconstruction, à l’époque, le professeur, comme le reste de l’Europe…

Eux, ils ont des têtes de résultat.

Cette santé et cette conformité aux modes leur donnent un air de maturité qui pourrait intimider. Leurs coiffures, leurs vêtements, leurs Walkmans, leurs calculettes, leur lexique, leur quant-à-soi, laissent à penser, même, qu’ils pourraient être plus «adaptés» à leur temps que le professeur. En savoir beaucoup plus que lui…

Beaucoup plus sur quoi ?

C’est l’énigme de leur visage, justement…

Rien de plus énigmatique qu’un air de maturité.

S’il n’était pas un vieux de la vieille, le professeur pourrait se sentir dépossédé du présent de l’indicatif, un peu ringard… Seulement voilà… il en a vu des enfants et des adolescents en vingt années de classe… quelque trois mille et plus… il en a vu passer, des modes… au point, même, qu’il en a vu revenir !

La seule chose qui soit immuable, c’est le contenu de la fiche individuelle. L’esthétique «ruine», dans toute son ostentation : je suis paresseux, je suis bête, je suis nul, j’ai tout essayé, ne vous fatiguez pas, mon passé est sans avenir…

Bref, on ne s’aime pas. Et on met à le clamer une conviction encore enfantine.

On est entre deux mondes, en somme. Et on a perdu le contact avec les deux. On est «branché», certes, «cool» (et comment!), mais l’école nous «fout les glandes», ses exigences nous «prennent la tête», on n’est plus des mômes, mais on «galère» dans l’éternelle attente d’être des grands…

On voudrait être libre et on se sent abandonné.

Daniel Pennac, Comme un roman, 3ème partie, chapitre 42, éd. Gallimard, 1992.

Demain, dès l’aube…

Demain, dès l’aube…

Souvenez-vous du poème où Victor Hugo évoquait la mort de sa fille, Léopoldine, dans son recueil Les Contemplations :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Le Point a consacré un bref reportage sur la mort de la jeune fille : LIRE L’ARTICLE.