Roman et représentation du réel au XIXe siècle

La problématique romanesque du XIXe siècle, la représentation de la réalité, ne semble pas avoir été cernée par les programmes officiels. En effet, l’intitulé de l’objet d’étude (OE) de seconde est « Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme ». Cet intitulé est dérangeant car cela signifierait que ce qui précéderait le « réalisme », le romantisme, serait tout à fait étrange à cela et ne correspondrait pas du tout à la même vision de la littérature. Cependant, les romantiques s’inscrivent dans la réalité de leur temps puisqu’ils la transcrivent dans leurs romans. Ce que nous appelons « réalisme » est la grande question du siècle.

Définir le « réalisme » comme un mouvement littéraire est assez problématique car, lorsqu’on regarde les écrits théoriques de Duranty ou de Champfleury, on se rend compte que leurs définitions s’appliquent à tout un pan de la littérature. Il faut avoir conscience que la littérature s’inscrit dans une époque, qu’elle évolue, se déploie et ne s’insère pas dans des cases fermées et déterminées (nous pensons notamment aux dates).

Il serait peut-être judicieux de commencer l’entrée du programme par un texte narratif romantique (nouvelle ou roman) qui montrerait que le XIXe siècle s’attache, dès le début, à représenter le monde qu’il entoure. Seuls les moyens esthétiques et stylistiques diffèrent au fil du siècle.

Roman et représentation du réel au XIXe siècle

Les romans naturalistes sont l’héritage d’une pratique romanesque qui existe depuis la fin du XVIIIe siècle. L’évolution du genre du roman au cours du XIXe siècle est lié aux bouleversements politiques et sociaux de la France. Les informations qui suivent permettent de comprendre l’esthétique « réaliste » et « naturaliste ».

I. Le contexte historique et social

L’évolution du roman au XIXe siècle est riche et foisonnante tout comme le contexte historique et social dans lequel le genre se déploie. Après la Révolution française (1789), le genre romanesque montre sa capacité à s’adapter à une réalité qui est sans cesse en mouvement.

En effet, le XIXe siècle est une période de bouleversements. La période stable que constituait l’Ancien Régime n’existe plus et la France subit en un siècle pas moins de neuf régimes politiques différents dont l’Empire napoléonien, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la brève IIe République et le second Empire.

La génération des écrivains naturalistes vit dans un monde où toutes les convictions sont ébranlées et où la littérature doit sans cesse réinventer un nouveau rapport au monde. Le roman est le genre qui permet le mieux de représenter cette réalité mouvante. Il n’est soumis à aucune règle stricte, il permet de représenter la durée (ce n’est pas le cas de la poésie, par exemple) et il permet de rendre compte du rapport nouveau qu’entretiennent l’Homme et l’Histoire.

II. Du romantisme au réalisme (première partie du XIXe siècle)

Le romantisme se développe dans un contexte de désillusion profonde. Les écrivains des années 1820-1840 expriment la nostalgie d’un temps stable et heureux ainsi que la révolte devant l’incertitude de la condition humaine.

Les romantiques mettent en scène des héros marqués par un destin exceptionnel (Jean Valjean ou Rastignac, par exemple) qui représentent une solution à la crise d’identité qui saisit une génération. Les sujets romantiques posent un regard inquiet sur le monde et s’orientent vers un ailleurs, une autre réalité. Cela explique alors le goût pour les sujets tels que le fantastique, l’exotisme ou les sujets historiques.

Après l’échec de la Révolution de 1848, une grande partie de la littérature commence à refuser l’idéalisme romantique. L’œuvre de Flaubert représente ce refus de peindre des personnages exceptionnels (Madame Bovary, 1857). L’écrivain réalise ainsi une critique des beaux-parleurs (Bouvard et Pécuchet, 1881). Il raconte également l’histoire de l’échec d’un jeune romantique, Frédéric Moreau (L’Éducation sentimentale, 1869). Concernant la grande question du siècle, la représentation du réel, Flaubert fonde son œuvre sur l’observation des faits sans forcément s’appuyer sur l’action. Pour lui, c’est le style qui compte et non l’histoire racontée (« Ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien », Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852). Le narrateur flaubertien se fait discret et sa vision du monde est donnée grâce à des touches implicites : l’ironie est un de ses procédés privilégiés. L’écriture devient alors l’élément qui permet de rendre compte du monde et de le juger.

III. Le naturalisme (seconde partie XIXe siècle)

C’est dans la lignée de Flaubert que s’inscrivent les auteurs naturalistes. Ce mouvement se développe entre 1865 et 1890. Il est défini par son chef de file, Émile Zola, dans deux textes théoriques : Le Roman expérimental (1880) et Les Romanciers naturalistes (1881).

Même si Zola est l’auteur le plus représenté et le plus étudié de par sa nature de théoricien et de par son statut de plus grand écrivain (au niveau quantitatif) du mouvement, d’autres auteurs représentent le naturalisme. Il faut d’abord comprendre que le naturalisme est une tendance qui permet de mettre à jour les grandes lignes du roman du XIXe siècle. Sont considérés comme naturalistes les auteurs qui partagent la même conception du roman que Zola et qui publient, avec lui, un recueil de nouvelles sur la guerre de 1870, Les Soirées de Médan : Guy de Maupassant, Henry Céard, Joris-Karl Huysmans, Léon Hennique et Paul Alexis.

Zola, dans Les Romanciers naturalistes, inclut même, malgré eux, des auteurs comme Balzac, Stendhal ou Flaubert ainsi que des auteurs contemporains comme les frères Goncourt ou Alphonse Daudet. Cette désignation de prédécesseurs et de continuateurs par le théoricien même montre que la littérature naturaliste n’est pas figée entre 1865 et 1890. Elle ne naît pas d’un coup mais s’inscrit dans une continuité.

Les naturalistes, comme leurs prédécesseurs, prennent en compte leur époque dans leurs romans. Ils sont fortement influencés par les progrès scientifiques ainsi que par les mutations sociales et politiques. Les naturalistes souhaitent pouvoir traiter de tout, même des sujets les plus insignifiants. Ainsi les sujets sont puisés dans la réalité contemporaine et les éléments exceptionnels, que l’on pouvait rencontrer dans le romantisme, sont exclus des intrigues. Ce qui est peint, ce sont « des univers clos sur eux-mêmes, enfermés dans des modes de fonctionnements particuliers et susceptibles d’offrir à la description des scènes fortes, restant dans la mémoire »1. Le roman naturaliste s’applique ainsi à rendre compte d’une réalité inédite.

1 Pagès A., Le Naturalisme, P.U.F., Paris, 1989.

2 Comments

  1. Séquence didactique : le naturalisme | Littérature & co

    12 October 2015 at 21 h 50 min

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  2. Séquence didactique : le naturalisme – Littérature & co

    27 July 2017 at 15 h 51 min

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