Sujet 2003 – Grammaire et stylistique

Mme de Chevreuse n’avait plus même de restes de beauté quand je l’ai connue. Je n’ai jamais vu qu’elle en qui la vivacité suppléât le jugement. Elle lui donnait même assez souvent des  ouvertures   si brillantes, qu’elles paraissaient comme des éclairs ; et si sages, qu’elles n’eussent pas étaient désavouées par les plus grands hommes de tous les siècles. Ce mérite  toutefois  ne  fut  que  d’occasion.  Si elle  fût  venue  dans un siècle où il n’y eût point eu d’affaires, elle n’eût pas seulement imaginé qu’il n’y en pût avoir. Si le prieur des chartreux lui eût plu, elle eût été  solitaire  de bonne foi. M. de Lorraine, qui s’y attacha, la jeta dans les affaires ; le duc de Buchinchan et le comte de Hollande  l’y  entretinrent ; M. de Châteauneuf l’y amusa. Elle s’y abandonna, parce qu’elle s’abandonnait à tout ce qui plaisait à celui qu’elle aimait. Elle aimait sans  choix, et purement  parce  qu’il  fallait qu’elle aimât quelqu’un. Il n’était pas même difficile de lui donner, de partie faite, un amant ; mais dès qu’elle l’avait pris, elle l’aimait uniquement et fidèlement. Elle nous a avoué, à Mme de Rhodes et à moi, que par un caprice, ce disait-elle, de la fortune, elle n’avait jamais aimé le mieux ce qu’elle avait estimé le plus, à la réserve toutefois, ajouta-t-elle, du pauvre Buchinchan. Son dévouement à sa passion, que l’on pouvait dire éternel quoiqu’elle changeât d’objet, n’empêchait pas qu’une mouche ne lui donnât quelquefois des distractions ; mais elle en revenait toujours avec des emportements qui les faisaient trouver agréables. Jamais personne n’a fait moins d’attention sur les périls, et jamais femme n’a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs : elle ne reconnaissait que celui de plaire à son amant.

Cardinal de RETZ, Mémoires, Seconde partie.

Lexicologie

Etudiez les mots “foi” et “uniquement“.

Grammaire

  1. Étudiez le morphème “de” du début du texte jusqu’à “de bonne foi”.
  2. Faites les remarques nécessaires sur : “Je n’ai jamais vu qu’elle en qui la vivacité suppléât le jugement.”

Étude stylistique du texte.