Sujet 2010 – Grammaire et stylistique

Acte V, scène 4

Bajazet, Roxane

Roxane
Je ne vous ferai point des reproches frivoles :
Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles.
Mes soins vous sont connus : en un mot, vous vivez,
Et je ne vous dirais que ce que vous savez.
Malgré tout mon amour, si je n’ai pu vous plaire,
Je n’en murmure point ; quoiqu’à ne vous rien taire,
Ce même amour peut−être, et ces mêmes bienfaits,
Auraient dû suppléer à mes faibles attraits.
Mais je m’étonne enfin que, pour reconnaissance,
Pour prix de tant d’amour, de tant de confiance,
Vous ayez si longtemps par des détours si bas
Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas.

Bajazet
Qui ? moi, Madame ?

Roxane
Oui, toi. Voudrais−tu point encore
Me nier un mépris que tu crois que j’ignore ?
Ne prétendrais−tu point, par tes fausses couleurs,
Déguiser un amour qui te retient ailleurs,
Et me jurer enfin, d’une bouche perfide,
Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide ?

Bajazet
Atalide, Madame ! O ciel ! qui vous a dit…

Roxane
Tiens, perfide, regarde, et démens cet écrit.

Bajazet
Je ne vous dis plus rien. Cette lettre sincère
D’un malheureux amour contient tout le mystère ;
Vous savez un secret que, tout prêt à s’ouvrir,
Mon coeur a mille fois voulu vous découvrir.
J’aime, je le confesse, et devant que votre âme,
Prévenant mon espoir, m’eût déclaré sa flamme,
Déjà plein d’un amour dès l’enfance formé,
A tout autre désir mon coeur était fermé.

Racine, Bajazet, 1671

Lexicologie

Étudiez les mots soins et reconnaissance.

Grammaire

  1. Les déterminants, du vers 15 au vers 22.
  2. Faites toutes les remarques nécessaires sur : “Me nier un mépris que tu crois que j’ignore ?”

Étude stylistique du texte